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Uchronie polonaise, partie 5

Rhysaxiel

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La Pologne sous le règne d'Elżbieta Kondeusza (1740-1783) - Première partie (1740-1743)

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Louise-Elisabeth Condé, dite Ludwika-Elżbieta Kondeusza (1702-1783)

L’élection d’une reine et la question de la titulature (1740-1742)

Les premiers mois de règne d’Elżbieta furent occupés par un problème strictement juridique, à savoir la question de la titulature exacte de la nouvelle souveraine. La Pologne et la Pologne-Lituanie ont eu chacun une reine régnant en son nom propre par le passé. Jadwiga Andegaweńska, également appelée Hedwige d’Anjou, a été couronnée « Roi » en 1384 car elle était la seule héritière vivante de Louis d’Anjou qui l’a précédé sur le trône. Son couronnement se doublait de nouveaux privilèges accordés à la noblesse et s’inscrivait dans le projet d’union avec la Lituanie, le « roi » Jadwiga épousant quelques mois plus tard Jogaila Algirdaitis (Ladislas Jagiellon), fondateur de la dynastie Jagiellon et premier de sa lignée à régner sur la Pologne, inaugurant ainsi un peu plus de 200 ans de stabilité dynastique. Le couronnement de Jadwiga en tant que « roi » avait pour but de rappeler qu’elle régnait en titre et de droit, et qu’elle était au moins l’égale de Jogaila qui n’était pour sa part que Grand-duc de Lituanie. Le cas d’Anna Jagiellon, est quelque peu similaire. En 1572, le dernier membre mâle de la dynastie Jagiellon en la personne de Sigismond Auguste, s’éteint sans héritier. Alors que le principe de l’élection royale s’impose en 1573, abandonnant la succession polonaise par séniorité, le Sénat décide que le nouveau roi qui doit être élu par la noblesse, outre l’adoption de diverses lois, doit prendre pour épouse Anna Jagiellon, dans un souci de continuité dynastique. Henri de Valois, le futur Henri III, est élu roi de Pologne en 1573 mais repart en France pour y être couronné roi quelques mois plus tard, laissant la Pologne sans souverain. Stefan Bathory est élu pour lui succéder, en 1575, et épouse comme promis Anna. Tous deux sont couronnés co-régents de Pologne et de Lituanie.

Le cas d’Elżbieta n’est ainsi pas complètement nouveau, mais il est le premier cas qui se présente depuis l’instauration de l’élection royale. La noblesse aurait pu élire n’importe quelle personne, comme les lois polonaises l’autorisent, mais l’absence de candidat en dehors d’Elżbieta et le prestige de la famille Condé en Pologne ont fait qu’une femme a été librement élue roi, de droit. Le Sénat est ainsi animé par plusieurs débats après l’élection : cette élection revêt-elle un caractère exceptionnel ? Quelle titulature doit-être utilisée ? Quels sont les pouvoirs de son mari ? La reine est en effet mariée, avec l’accord du Sénat, depuis 1724 à Louis-François de Bourbon-Conti (1700-1776), et la question de ses attributions se pose. La Diète de 1742, la première à être réunie sous le règne d’Elżbieta, règle les deux derniers points. Elżbieta se voit attribuer le titre de « reine régnante », Królowa panująca, tandis que son mari est qualifié de « roi consort », Król małżonek. Les lois sont ajustées et désignent désormais non plus les pouvoirs du roi, mais ceux du « souverain », effaçant dans le droit la mention implicite du sexe du souverain. La reine possède ainsi les mêmes pouvoirs que les rois qui l’ont précédé tandis que son mari a les mêmes attributions que les reines des précédents souverains.

L’escalade armée en Silésie (1740-1743)

L’intervention polonaise en Silésie pendant la guerre de Succession d’Espagne a redonné un souffle nouveau aux partisans, relativement peu nombreux, de la restauration de la Silésie à la Pologne. La région fut en effet pendant longtemps la dernière possession de la dynastie Piast, la première dynastie des rois de Pologne, dont la branche cadette dite des « Piast de Silésie » s’est éteinte en 1675. De même, l’Autriche a souvent proposé au XVIIe siècle une partie des revenus de la région en dot à toutes les candidates que l’archiduché soutenait pour devenir reine de Pologne. Ainsi, Cecilia-Renata von Habsbourg, la dernière reine de Pologne autrichienne, percevait-elle les revenus des duchés d’Opole et de Ratiborie. Bien que la région soit maintenant des terres d’Etat de la couronne de Bohême, possession Habsbourg, l’autorité autrichienne n’est pas établie, et la fragilité dont a fait preuve l’archiduché les 30 années précédentes n’ont pas aidé à l’affermir.

En octobre 1740, l’archiduc et empereur Charles VI décède, léguant ses biens à sa fille Marie-Thérèse en vertu de la Pragmatique Sanction permettant que les trônes autrichien, hongrois et bohémien soient hérités par femme, de même que la souveraineté sur les possessions autrichiennes en Italie et dans les Pays-Bas. Ce décret, qui ne concerne pas le trône du Saint-Empire, ne fut que partiellement accepté dans celui-ci et en Europe, au prix d’une bataille permanente et de diverses concessions. La France l’a ainsi accepté au prix de la cession du duché de Mantoue à un prince Conti, la Grande Bretagne au prix de la cessation des activités de la Compagnie d’Ostende dans les Indes, l’Espagne au prix de la cession du duché de Parme à l’infant Don Carlos, tandis que Frédéric II y a souscrit par fidélité à l’Empire. C’est pourtant ce dernier qui déclenche les hostilités en envahissant la Silésie sans déclaration de guerre préalable. Son père, le « roi sergent », a demandé à plusieurs reprises la cession de la Silésie en compensation de la perte de la Prusse ducale au profit de la Pologne, la Prusse se sentant abandonnée par l’Autriche pendant la guerre de succession d’Espagne. L’Autriche, quant à elle, est complètement désorganisée militairement et financièrement à cause de son dernier conflit contre l’Empire ottoman et la perte successive de revenus en Italie et en Hollande. A l’hiver, la Silésie est occupée.

Côté Français, un fort courant d’opinion se prononce pour affaiblir l’Empereur. Louis XV prétexte que les intérêts de l’électeur de Bavière, héritier au trône impérial par le testament de Ferdinand Ier, sont lésés par la Pragmatique Sanction. La France entre à son tour en guerre contre l’Autriche au printemps 1741. La Pologne fait quant à elle part de son inquiétude : la Prusse est clairement un Etat ennemi tant que celui-ci prétend à ses territoires de Prusse orientale, la preuve de ces prétentions étant le refus de Frédéric II d’abandonner le nom de « Prusse » au profit de « Brandebourg » géographiquement correct. De plus, la Silésie une région historiquement polonaise, comme le clame haut et fort plusieurs sénateurs polonais poussant à la guerre. La Pologne obtient de la France qu’elle ne s’allie pas à la Prusse et qu’elle ne combatte qu’exclusivement pour les intérêts de l’électeur de Bavière et ses intérêts propres. Ainsi, en juillet, Louis XV déclare ne pas soutenir les prétentions prussiennes en Silésie, soutenir la prétention de Charles Albert de Bavière au trône du Saint-Empire mais reconnaître en parallèle les droits de Marie-Thérèse sur les possessions Habsbourg. Il est appuyé en cela par la reine Elżbieta et le Sénat, voyant d’un bon œil la séparation des trônes autrichiens et impériaux. La souveraine refuse néanmoins de s’engager malgré les pressions des sénateurs. Les troupes franco-bavaroises avancent ainsi contre l’Empire, Maurice de Saxe prend Prague en novembre 1741, où Charles Albert de Bavière est couronné roi de Bohême, après avoir été couronné archiduc d’Autriche plus tôt dans l’année à Linz. Les éléments croates et hongroises des troupes impériales se lancent alors dans une « petite guerre » destinée à user l’armée française. Louis XV fait formellement appel à Elżbieta au cours de l’hiver 1741, qui cède et entre en guerre contre l’Autriche au printemps 1742. L’entrée des troupes polonaises en Hongrie poussent Marie-Thérèse à la table des négociations, où elle tente de monter la Prusse contre la France et la Pologne. Frédéric II propose en effet d’accepter la Pragmatique Sanction en échange de la Silésie, ce que refusent catégoriquement la France et la Pologne, prétextant l’absence totale de la moindre revendication prussienne sur ces terres. Marie-Thérèse propose à la France et la Pologne de s’engager contre la Prusse, ce que refuse Louis XV, seulement enclin à soutenir l’électeur de Bavière.

En mai 1742, Marie-Thérèse accepte les propositions françaises et prussiennes séparément. Elle cède ainsi la Silésie à Frédéric II et reconnaît Charles Albert de Bavière comme Empereur. Il est couronné en novembre 1742. Côté polonais, c’est la consternation. Le Sénat appelle à envahir directement la Silésie, arguant que cette guerre contre l’Autriche a principalement profité à « l’Electeur de Brandebourg prétendument roi de Prusse ». Outrepassant les volontés de la reine qui appelait à l’apaisement, Józef Potocki et Jan Klemens Branicki, dirigeant les troupes en Hongrie, font mouvement vers le nord et entrent par surprise en Silésie. Les prussiens sont défaits à Brzeg, mais Frédéric II stoppe l’armée polonaise devant Breslau, profitant de la supériorité de son matériel. La situation bouge peu jusqu’en 1743, où le Sénat, toujours pris dans une fureur belliciste, envoie contre la Prusse les armées de Lituanie avec Ludwik Pociej et Michal Radziwill à leur tête, ainsi que les Ruthènes et Cosaques menés par Yakiv Lyzohub. Frédéric II, voyant les effectifs ennemis subitement presque tripler, abandonne la Silésie, espérant voir les armées polonaises entrer dans le Brandebourg pour appeler à l’aide les autres royaumes. Il n’en est rien, la reine reprenant le dessus sur un Sénat quelque peu apaisé et refusant catégoriquement d’entrer en territoire prussien et la France faisant savoir qu’une telle violation du territoire, même ennemi, ne trouverait pas de partisan même chez ses plus fidèles alliés. Frédéric accepte la défaite et cède à la Pologne la Silésie tout juste conquise à l’automne 1743 par le traité de Gliwice. Quelques mois plus tard, la reine déclare publiquement aux souverains d’Europe que la Pologne a recouvré ses territoires européens historiques et légitimes. Dans la Deklaracja Elżbiety, elle s’engage à ne plus étendre ses frontières contre les Etats voisins, le document citant « le Brandebourg-Prusse », la Suède, l’ensemble des possessions Habsbourg et leurs satellites, le Saint-Empire dans sa totalité, la Russie, ainsi que l’Empire ottoman. La Pologne se réserve le droit à la guerre pour protéger son intégrité et aider ses alliés. Ce que la reine ne sait alors pas, c’est que cette déclaration suit le dernier engagement militaire de la Pologne avant les guerres napoléoniennes.

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La Pologne selon les frontières définitives énoncées par Elżbieta en 1743



3 Commentaires


Recommended Comments

Une cinquantaine d'année de paix, alors?

J'ai hâte de voir les événement jusqu'a la Révolution.

Le sénat sera t-il contrôlé?

Quel pouvoir va s'imposer en Pologne?

C'est vraiment un feuilleton a suspens!

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Je suis encore en train d'élaborer la fin du règne, et surtout la période napoléonienne. Je veux faire ça bien, et Druss a mis le doigt sur une des options que j'envisage :D (il n'y aura pas de super-Pologne dominatrice).

Du coup la suite risque d'attendre un peu. C'est de plus en plus compliquer de diverger, surtout quand le pays n'a presque plus d'importance historiquement à l'époque et qu'on a apporté un siècle de très gros changements.

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