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Uchronie polonaise, partie 3

Rhysaxiel

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La Pologne sous Ludwik II Kondeusz (1689-1740) - Première partie (1689-1720)

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Louis II Condé (1668-1740)

Le roi de paix contrarié

Le roi Louis Ier a placé de grands espoirs de paix dans son successeur, et son petit-fils Louis II ne cesse tout au long de son règne d’œuvrer en ce sens. Toutefois, le contexte international le pousse à plusieurs reprises vers le choix des armes. Le règne de Louis II peut être ainsi résumé en un ensemble de réformes importantes entrecoupées par de sanglants conflits où la Pologne est entraînée par ses voisins bien plus qu’engagée volontairement. La Pologne est impliquée dans la Grande guerre du Nord (1700-1720), la Guerre de succession d’Espagne (1701-1708) et la montée des tensions entre Autrichiens, Prussiens et Polonais au sujet de la Silésie manquent de déclencher un conflit dans les années 1730. Louis II s’attelle aux réformes que n’a pu réaliser son grand père, notamment une refonte de l’administration qui sort progressivement du féodalisme et une intégration croissante de la Ruthénie qui aboutit à l’Union de Kiev de 1734, donnant naissance après de houleux débats au Sénat à la République des Trois Nations et, surtout, la guerre de Ruthénie menée séparément contre la Russie (1727-1729) et l’Empire Ottoman (1728-1730). En 1721, le roi décide de définitivement poloniser son nom ainsi que celui de sa dynastie, se faisait appeler Ludwik Kondeusz, y compris dans les cours étrangères, un geste lui ayant value la sympathie de plusieurs seigneurs polonais.

Les premières réformes (1690-1700)

Louis II se consacre très tôt à réformer le fonctionnement administratif de la République. Il s’appuie pour cela sur la bourgeoisie urbaine naissante et les chartes des villes de Prusse royale (Dantzig, Toruń et Tuchola) pour étendre progressivement ce modèle vers le sud du territoire. Le but est ici de donner aux villes des pouvoir judiciaires et administratifs étendus à leurs environs, s’opposant en cela aux riches propriétaires qui y exerçaient leur influence. Les dix premières années voient ces tentatives échouer, notamment à cause de l’opposition à la Diète de la plupart des seigneurs qui refusent de voir ainsi leur autorité écornée. Ces réformes reprennent après la guerre de succession d’Espagne. Dans un autre domaine, le roi s’attèle à démanteler les armées privées en les rendant obsolètes. Le développement des arsenaux et la dotation croissante de l’armée polonaise en artillerie entraîne pour les familles disposant de troupes privées une forte inflation des coûts que la plupart ne peuvent assumer. Au début des années 1710, seules les familles Radziwiłł, Czartoryski, Sapieha, Pacs, Potocki et Wiśniowiecki disposent encore de troupes privées, et parmi celles-ci seules les deux premières sont en mesure d’opposer une réelle résistance à l’armée royale en cas de soulèvement.

L’économie de la République se diversifie peu à peu, l’urbanisation croissante permettant le développement d’un tissu préindustriel de base, centré sur l’exploitation des ressources naturelles et toute la filière liée aux armements et à la construction navale, largement destinée à l’export en l’absence de flotte polonaise. La balance commerciale, longtemps affectée par la baisse progressive du prix du blé et les destructions des années 1655-1670, atteint un quasi équilibre, ce qui est inédit dans l’histoire de la Pologne. Mécaniquement, la charge de travail exigée des paysans s’allège et on constate tout au long du règne de Louis II un recul progressif du servage, conséquence du contexte économique bien plus que de la volonté directe des seigneurs.

Au sujet de la Ruthénie, les nobles de la région reçoivent par les statuts de Tyszowice de 1696 les mêmes droits que la noblesse polonaise et lituanienne. La population cosaque se voit également confier une nouvelle mission par la couronne, celle de développer les villages sur la côte de la mer Noire et le long de la frontière turco-polonaise. Ces territoires sont libres de toute domination seigneuriale et les cosaques y jouissent d’une large autonomie. Ils remplissent ainsi un rôle défensif et économique, sécurisant la région contre les raids tatars et permettant le transit de biens en toute sécurité vers ou depuis le reste de la Pologne. La population tatare reste quant à elle en majorité nomade, mais on note dans plusieurs territoires l’apparition de Saraï, littéralement palais, des bâtisses disposant d’une cour intérieure et offrant refuge et protection pour de petites communautés. Ces Saraï représentent les prémices de la sédentarisation des Tatares et ne cessent de se développer tout au long du XVIIIe siècle, mais au temps de Ludwik II, ils servent surtout de point d’appui pour les populations nomades, qui changent régulièrement de Saraï selon les saisons ou les années.

La guerre de succession d’Espagne : la Pologne alliée de la France (1701-1707)

Le premier conflit du règne de Louis II découle de son alliance avec la France. A la mort de Charles II, sans descendance, celui-ci désigne en successeur Philippe d’Anjou, petit-fils de Louis XIV. Le jeune Bourbon est couronné roi d’Espagne en 1700 sous le nom de Philippe V, mais la montée sur le trône d’un nouveau Bourbon, après la France et la Pologne par la branche cadette des Condé, inquiète fortement en Europe. L’Autriche considère que la couronne d’Espagne revient à un Habsbourg d’Autriche, tandis que l’Angleterre et les Provinces-Unies craignent une hégémonie, qu’elle soit Bourbon ou Habsbourg, dans le cas où la couronne d’Espagne venait à être rattachée à la France ou à l’Autriche. Par les lettres patentes du 1er février 1701, Louis XIV reconnaît à Philippe V les droits sur la couronne de France. Le conflit est alors inévitable. L’occupation des places de la barrière et l’amélioration des fortifications des Pays-Bas espagnols par la France est la provocation qui entraîne le début des hostilités en Italie et la formation de la Grande Alliance en septembre 1701. L’Autriche s’allie à l’Angleterre, la Prusse et les Provinces-Unies. Le Saint-Empire s’engage largement aux côtés de l’Autriche, menés par le duc de Lorraine. La France est soutenue par les électorats de Bavière et de Cologne puis très vite par la Pologne qui surprend l’Autriche par une offensive automnale en Silésie.

L’Autriche et la Prusse ont sous-estimé les progrès réalisés par l’armée polonaise sous Louis Ier, les troupes qui défendaient la Silésie sont bousculées et faites prisonnières, tandis que Breslau (Wrocław) tombe après un siège d’une célérité remarquable, la ville ayant complètement été surprise par l’offensive. Ludwik II, à la tête de ses troupes et assisté par le Grand Maréchal Jabłonowski, passe l’hiver à Breslau. Feliks Potocki est quant à lui chargé de lever une armée pour défendre la Prusse royale d’une éventuelle attaque prussienne au printemps 1702. Le commandement impérial profite de l’hiver pour redéployer une partie des troupes contre la Pologne. La Prusse est quant à elle dans l’impossibilité d’aider son alliée face à la France, qui en profite en Italie et en Lorraine dès le printemps 1703.

L’armée autrichienne est battue à plate couture par l’armée polonaise aux alentours de Gleiwitz (Gliwice) en mai 1703 et doit se replier en Bohême. Une attaque contre la Moldavie par l’Autriche est avortée par un nouveau soulèvement des mécontents hongrois, dont la réintégration à l’Autriche se fait dans la douleur. L’avancée des troupes polonaises donne un second souffle aux révoltés. L’armée autrichienne à l’est est pour ainsi dire paralysée ou fortement perturbée par ces révoltes jusqu’en 1706. Prussiens et Polonais en Prusse royale se regardent sans oser bouger, les forces sont équivalentes et la lourde défaite infligée à l’Autriche à Gliwice a fortement refroidi les ardeurs prussiennes. A la fin de l’année 1703, la Lorraine est intégralement occupée, les Autrichiens sont rejetés au-delà du Pô et les Français ont fait la jonction avec les Bavarois dans le Tyrol. Le duc de Savoie, approché par l’Empereur et offrant jusqu’alors le libre passage à la France, rejette les propositions impériales et maintient sa neutralité. Le Portugal rejoint en revanche la Grande alliance, en l’échange de promesses de terres en Amérique et de la protection anglaise.

En 1704, L’Empereur renonce à la couronne d’Espagne pour lui-même et son fils aîné. Il propose son fils cadet Charles de Habsbourg comme roi, aussitôt reconnu par ses alliés. L’Angleterre et les Provinces-Unies, par leurs flottes, se chargent de l’amener à Madrid. La Castille se révèle impénétrable depuis le Portugal, mais les Anglais enregistrent un succès en s’emparant de Gibraltar. A l’été, le duc de Marlborough, renforcé par un détachement prussien, attaque en Bavière. Il ne parvient pas à vaincre les franco-bavarois ni même à seulement les menacer, mais arrête en revanche l’avancée française en Italie pour plusieurs mois. L’armée britannique ne parvient pas à coopérer avec l’armée hollandaise, encore largement épargnée par les conflits. A l’est, Louis II profite de la distraction offerte par les Mécontents hongrois et de la division de l’armée prussienne en partie envoyée aider Marlborough à l’est pour attaquer le Brandebourg par la Silésie, alors que Potocki entre en Prusse ducale. Louis II est arrêté in extremis par Frédéric Ier de Prusse à 80km de Berlin à la suite d’une bataille indécise, Louis II n’engageant que mollement le combat. Le but de la manœuvre consistait surtout à permettre à Potocki de conquérir l’Ermland et d’assiéger Könisgberg qui tombe peu avant novembre. Louis II se retire alors sur Poznań pour l’hiver.

Les Anglais débarquent finalement Charles de Habsbourg à Barcelone en septembre 1705 après avoir pris la ville en profitant des inquiétudes catalanes vis-à-vis des projets de centralisation des Habsbourg. Cela n’arrête pas pour autant la France qui est entrée dans les Provinces-Unies et menace Amsterdam tout comme en 1672, et tout comme en 1672, les Hollandais inondent leur pays en rompant les digues de Muyden. L’hiver, précoce en 1705, apporte le gel, permettant aux Français de reprendre leur marche contre Amsterdam et la Haye qui sont assiégées au cours de l’hiver. Le ravitaillement par mer est difficile alors que le gros des récoltes a été inondé et que la flotte française se concentre au large de la Hollande. Les Anglais, largement engagés en méditerranée, ne peuvent secourir Amsterdam qui capitule mi-janvier 1706. Les alliés, sentant la situation désespérée, engagent les pourparlers.

Les traités de Strasbourg et Vienne

Par le traité de Strasbourg de 1707, la Lorraine devient un fief viager. Léopold Ier est maintenu sur son trône, mais doit céder le duché à la France à sa mort, peu importe sa descendance. La France récupère également Orange ainsi que toutes ses conquêtes sur la rive gauche du Rhin tandis que le Milanais voit un Bourbon monter sur son trône en la personne de Charles de France, duc de Berry. Philippe V est maintenu sur le trône d’Espagne qui conserve ses possessions dans les Pays-Bas et en Italie, il renonce à ses droits sur la couronne de France. En échange, les Bourbons français ainsi que l’ensemble des prétendants autrichiens renoncent à leurs prétentions sur la couronne d’Espagne.

Le traité de Vienne de 1706 est signé entre l’Autriche et la Pologne et est un simple statu-quo ante bellum agrémenté de quelques indemnités payées par l’Autriche à la Pologne. Aucun accord n’est signé entre la Pologne et la Prusse.

La Grande guerre du Nord (1700-1720) et l’opportunisme polonais (1708-1720)

Le nord de l’Europe voit s’affronter une coalition menée par la Russie et le Danemark contre la Suède, avec pour intention de profiter de la faiblesse apparente du jeune Charles XII tout juste âgé de 18 ans pour reprendre les territoires perdues par ces puissances au cours du siècle précédent. Le début du conflit est favorable à la Suède qui contre les attaques russes et danoises avant de passer à son tour à l’offensive. Les Danois sont surpris par un débarquement suédois près de Copenhague, les forçant à une trêve, tandis que les Russes sont sèchement battus à Narva. Charles XII commet l’erreur de se tourner de nouveau contre le Danemark. Entre 1702 et 1706, la Suède multiplie les opérations dans le Schlesvig et la mer Baltique sans réellement aboutir au moindre résultat. Charles XII ne parvient pas à renouveler son débarquement surprise de 1700 et se retrouve à mener une guerre principalement maritime. Pendant ce temps, Pierre Ier refait son armée et se lance à la conquête de l’Ingrie, fondant Saint Petersbourg. Il ne parvient en revanche pas à prendre toute la Livonie suédoise défendue par Lewenhaupt. En 1707, Pierre Ier propose de rétrocéder tous les territoires l’exception de l’Ingrie, mais Charles XII refuse, préparant son armée à l’offensive contre la Russie.

En parallèle, la Suède entame des négociations avec la Pologne, alors engagée dans la Guerre de succession d’Espagne et particulièrement contre la Prusse. La Russie fait de même. Engagée contre la Prusse, Louis II retarde autant que possible une nouvelle entrée en guerre. Les termes russes s’avèrent les plus intéressants, ceux-ci proposent de céder la Livonie et l’Estland suédois dans leur intégralité à condition que la Pologne les conquière par elle-même, en l’échange de l’engagement de l’armée polonaise aux côtés de l’armée russe. A la fin de l’année 1707, l’ensemble de la Prusse orientale est occupée et Potocki a rejoint Louis II dans le Brandebourg pour lancer une attaque décisive contre Berlin. La Prusse propose alors à la Pologne de revenir sur les termes du traité de Bromberg de 1659, qui mit fin à la suzeraineté de la Pologne sur la Prusse orientale. Sur cette base, le traité de Toruń réintègre la Prusse comme fief polonais qui reste néanmoins une possession Hohenzollern. Ce fief n’est toutefois pas dirigé directement par l’électeur de Brandebourg mais passe à son demi-frère Philippe Guillaume de Hohenzollern. Le traité interdit également que les deux territoires soient gouvernés par la même personne.

Louis II fait discuter au Sénat au cours des années 1707-1708 les propositions émises par la Suède et la Russie. La Diète de 1708 vote pour la formation et le financement d’une seule armée au lieu des deux engagées aux côtés de la France. Louis II et Potocki en prennent la tête et marchent directement en Livonie. A ce moment de la guerre, la Suède est en pleine offensive contre la Russie. L’armée polonaise intercepte et défait des renforts suédois destinés à Charles XII à Lesnaya en septembre 1708, puis se lance dans la conquête de la Livonie. Mieux équipée en artillerie de siège que l’armée russe, les troupes polonaises conquièrent la région au cours de l’automne. Privé de ses renforts, loin de ses bases de ravitaillement, Charles XII est écrasé par les Russes à Hlukiv en juillet 1709 alors que la Pologne achève la conquête de l’Estland. Le roi de Suède fuit à Bachkisaray dans l’Empire ottoman. Pierre Ier demande à ce que Charles XII lui soit remis puis, face au refus de la Sublime Porte, envahit la Crimée. Ses troupes sont piégées par une armée ottomane et contraints de se retirer. Charles XII négocie un sauf-conduit jusqu’en Suède, que Pierre et Louis lui accordent. Espérant faire entrer l’Empire ottoman en guerre contre la Russie et la Pologne, Charles XII reste à Constantinople jusqu’en 1714 en tant « qu’invité » du Sultan puis, convaincu qu’il n’y parviendra pas, retourne en Suède. Les troupes en Poméranie suédoise défendent vaillamment Stralsund mais finissent par se rendre, tandis que la Russie occupe la Finlande. Le roi d’Angleterre Georges Ier, déclare à son tour la guerre à la Suède en sa qualité d’électeur de Hanovre, bientôt suivi par la Prusse en 1715. A la fin de l’année 1716, la Suède a perdu toutes ses possessions au sud de la mer Baltique, délaissant ce front pour une nouvelle offensive en Norvège contre les possessions danoises. La coopération de Charles XII avec les jacobites entraîne la déclaration de guerre du Royaume-Uni en 1717. Charles XII est abattu en 1718 lors du siège de Fredriksten. Sa sœur Eléonore lui succède mais refuse toute paix. La Russie lance de nombreux raids contre les côtes suédoises, réduisant quasiment tout Stockholm en cendres. La Pologne a quant à elle cessé ses opérations avec la conquête de Livonie et d’Estland, faute de flotte.

La paix

La conclusion de la paix se fait de manière très houleuse. Si les ambitions polonaises ne rencontrent pas d’opposition chez les autres coalisés, l’expansion russe cristallise en revanche de nombreuses craintes. Le Hanovre et la Prusse convoitent toutes deux l’hégémonie en Allemagne du nord avant de finalement se répartir les possessions suédoises, le Verder-Bremen revenant au Hanovre et une partie de la Poméranie suédoise à la Prusse. La Russie obtient finalement l’Ingrie, le Kexholm et une partie de la Carélie mais doit rendre le reste de la Finlande. La Pologne récupère comme convenu avec la Russie la Livonie et l’Estland, remettant ainsi la main sur des territoires perdus un siècle auparavant.

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La Pologne en 1720



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